À première vue, la Coupe du Monde 2026 promet d’être celle de tous les records. Pour la première fois, 48 équipes participeront à la compétition. Pour la première fois aussi, le tournoi se déroulera simultanément dans trois pays : le Canada, les États-Unis et le Mexique. Une fête planétaire… mais aussi un défi climatique inédit. Car si les stades deviennent de plus en plus sobres en énergie, les transports sont énormément utilisés.
Pour ce Mondial 2026, seize villes accueillent les rencontres, réparties sur un territoire couvrant près de 4 500 kilomètres entre Vancouver, au Canada, et Mexico. À titre de comparaison, cette distance est supérieure à celle qui sépare Paris de Dubaï. Une équipe qualifiée pour les phases finales pourra être amenée à parcourir plusieurs milliers de kilomètres au cours du tournoi, tout comme les millions de supporters qui souhaiteront suivre leur sélection d’une ville à l’autre.Cette géographie exceptionnelle change complètement l’équation climatique.
Selon plusieurs analyses publiées avant le tournoi, les déplacements aériens des équipes, des officiels, des médias et surtout des supporters devraient représenter la très grande majorité des émissions de gaz à effet de serre générées par la compétition. Des chercheurs estiment que l’empreinte carbone globale de cette édition pourrait dépasser largement celle des précédentes, notamment en raison de l’élargissement à 48 équipes et de la multiplication des trajets longue distance.
Depuis une dizaine d’années, les organisateurs de grands événements sportifs investissent massivement dans des infrastructures plus respectueuses de l’environnement. Plusieurs enceintes retenues pour le Mondial 2026 fonctionnent déjà avec des systèmes d’éclairage LED à faible consommation, utilisent des technologies de récupération des eaux pluviales ou disposent de certifications environnementales reconnues.
À Mercedes-Benz Stadium, par exemple, l’eau de pluie est récupérée pour alimenter certains usages du stade et les espaces verts environnants. L’enceinte a également réduit de manière significative sa consommation d’énergie grâce à une gestion intelligente de ses équipements.
À Lumen Field, les dispositifs de tri et de valorisation des déchets figurent parmi les plus performants du sport nord-américain.
Ces initiatives démontrent que le secteur sportif progresse réellement sur la gestion des bâtiments. Pourtant, même un stade exemplaire sur le plan énergétique ne peut compenser des centaines de milliers de vols internationaux.
Un aller-retour en avion entre Paris et New York émet plusieurs centaines de kilogrammes de CO₂ par passager. Si un supporter enchaîne ensuite plusieurs vols intérieurs entre les villes hôtes, son empreinte individuelle augmente rapidement.
À l’échelle de plusieurs millions de visiteurs, le bilan devient colossal. C’est précisément pour cette raison que de nombreuses organisations environnementales considèrent désormais que la mobilité constitue le principal levier d’action des grandes compétitions sportives.
Les organisateurs ont annoncé plusieurs mesures destinées à limiter l’impact environnemental du tournoi. Le recours aux transports publics autour des stades sera renforcé dans de nombreuses villes. Certaines fan zones encourageront l’utilisation des mobilités douces et plusieurs sites poursuivront leurs politiques de réduction des déchets, de suppression progressive des plastiques à usage unique et d’amélioration du recyclage.
Ces actions vont dans le bon sens.Elles permettent de réduire les émissions locales et d’améliorer l’expérience des spectateurs.Mais elles ne répondent que partiellement au principal défi : les déplacements internationaux, qui restent très difficiles à décarboner à grande échelle avec les technologies actuelles.
La Coupe du Monde 2026 pose finalement une question qui concerne bien davantage que le sport.Comment continuer à organiser des événements mondiaux tout en respectant les objectifs climatiques ? Faut-il rapprocher géographiquement les sites d’une compétition ? Limiter certains déplacements ? Favoriser davantage les transports ferroviaires lorsque cela est possible ? Réduire le nombre de villes hôtes ? Ces débats dépassent largement le cadre de la FIFA. Ils concernent aussi les Jeux olympiques, les tournées musicales internationales, les congrès, les festivals ou les grands salons professionnels.
En 2026, les plus belles actions auront lieu sur les pelouses. Mais le véritable match pour le climat continuera de se jouer entre les aéroports, les gares et les réseaux de transport.
