Il y a quelques années, une start-up verte qui levait 10 millions d’euros faisait la une des médias spécialisés. Aujourd’hui, certaines en lèvent dix fois plus, entrent en bourse, rachètent des concurrents et pèsent plusieurs milliards. La cleantech a grandi. Vite. Et pas partout de la même façon.
Le contexte a changé en profondeur. Après l’euphorie des levées de fonds de 2021-2022, le secteur a traversé une période de consolidation difficile. Les taux d’intérêt ont monté, les valorisations ont corrigé, plusieurs start-ups médiatisées ont disparu corps et biens. Mais ce nettoyage par le vide a aussi produit quelque chose d’inattendu : il a séparé les projets solides des effets d’annonce. Ceux qui restent debout en 2026 ont, pour la plupart, un modèle économique qui tient, des clients réels, et une technologie qui fonctionne en dehors des laboratoires.
C’est dans ce paysage assaini qu’émergent les vraies licornes durables : ces entreprises valorisées à plus d’un milliard d’euros dont l’activité principale est de résoudre un problème environnemental concret. Portrait de quelques-unes des plus prometteuses, et de ce qu’elles disent de la transition en cours.
Dans le domaine de l’énergie, la française Lhyfe s’est imposée comme un acteur de référence sur la production d’hydrogène vert. Là où beaucoup d’entreprises parlent d’hydrogène comme d’une promesse lointaine, Lhyfe produit et livre effectivement. Ses électrolyseurs, alimentés par des énergies renouvelables, tournent sur des sites industriels et portuaires en France et en Europe. L’entreprise, cotée en bourse depuis 2022, incarne ce passage du prototype à l’industrialisation qui conditionne tout l’avenir de la filière hydrogène. Le chemin est encore long, les coûts de production restent élevés, mais la trajectoire est là.
Toujours dans l’énergie, Metron a construit une plateforme d’intelligence artificielle dédiée à l’optimisation de la consommation énergétique des sites industriels. Son principe est simple dans l’énoncé, redoutablement complexe dans l’exécution : analyser en temps réel les flux d’énergie d’une usine, identifier les gaspillages invisibles, et piloter automatiquement les équipements pour les réduire. Ses clients sont des groupes industriels parmi les plus énergivores d’Europe. Les économies réalisées se chiffrent en millions d’euros et en milliers de tonnes de CO2. C’est le genre d’entreprise discrète, peu glamour, dont personne ne parle dans les médias grand public, mais qui fait un travail de fond considérable.
Le secteur de l’alimentation durable a lui aussi ses championnes. Ynsect, qui élève des insectes pour produire des protéines destinées à l’alimentation animale et végétale, a longtemps été la star française de la deeptech verte. La route a été plus cahoteuse que prévu, des difficultés opérationnelles ont ralenti son déploiement industriel mais l’entreprise reste l’une des références mondiales sur un marché qui n’en est qu’à ses débuts. Produire des protéines de haute qualité en consommant quatre-vingts fois moins de surface agricole que l’élevage conventionnel, c’est une proposition de valeur qui ne se démodera pas. Dans un registre différent, la start-up Greenly a compris que le vrai goulot d’étranglement de la transition n’était pas technologique mais informationnel. Des centaines de milliers d’entreprises doivent aujourd’hui mesurer et réduire leur empreinte carbone et la plupart ne savent pas par où commencer. Greenly leur propose un logiciel qui automatise le calcul du bilan carbone, suit les indicateurs en temps réel, et guide les équipes dans leurs plans de réduction. Un outil concret, accessible, et dont le marché vient de devenir obligatoire par la réglementation. C’est l’une des entreprises les mieux positionnées pour profiter de la vague CSRD qui déferle sur les entreprises européennes.
L’économie circulaire produit elle aussi ses pépites. Phenix, qui lutte contre le gaspillage alimentaire en connectant grandes surfaces, restaurateurs et associations, a silencieusement bâti un réseau de plusieurs milliers de partenaires en France et en Europe. Idem pour Lizee, qui opère des plateformes de location et de seconde vie pour les grandes marques de mode et d’équipement, un modèle qui transforme des entreprises traditionnellement linéaires en acteurs de l’économie circulaire sans qu’elles aient à tout réinventer.
Ce qui frappe, en regardant ces entreprises ensemble, c’est la diversité des approches et l’unité des enjeux. Elles ne vendent pas toutes la même chose, n’opèrent pas dans les mêmes secteurs, n’ont pas les mêmes profils fondateurs. Mais elles partagent une même conviction fondatrice : la transition énergétique et écologique est un marché à construire. Et elles ont eu raison suffisamment tôt pour avoir une longueur d’avance.
